Séance au Cinéma : Memento et neurosciences

Lycée François Mauriac, Bordeaux, le 06 février 2017

Après notre rencontre avec le chercheur Jacques Taillard, notre professeur principal et dirigeant de notre projet, M. Pignel, nous a proposé une séance de cinéma. C’est pour cela que le 03 Février 2017, notre classe de 1èreS2 accompagnée de la 1èreS3 nous sommes rendus au cinéma de Mérignac afin de visionner le film de Christopher Nolan, Mémento. Ce réalisateur britanno-américain a voulu faire une référence latine avec ce titre. A la fin de ce film, un autre chercheur du CHU de Bordeaux nous a parlé de son travail en lien avec la mémoire. Une autre intervenante s’est jointe au débat mais elle était plus spécialisée dans la cinématographie.

Analyse du film

Celle-ci nous a tout d’abord dit que « vivre c’est avant tout se souvenir » et que la mémoire a un lien très fort avec la vie.

En parlant du film, elle nous a fait remarquer que nous sommes en situation de découverte à chaque séquence. Le procédé utilisé par Nolan est d’intercaler plusieurs séquences dont l’ordre narratif est différent:

  • Certaines séquences  en noir et blanc qui crée cet effet morcelé mais qui garde tout de même la chronologie.
  • Entre ces séquences, nous pouvons retrouver des séquences en couleurs, celles-ci se succèdent de façon anti chronologique (à l’envers). Elles dévoilent plus d’informations que les séquences en noir et blanc, mais en remontant dans le temps.

Il faut que le spectateur suive bien le film pour bien comprendre étant donné que la structure du film est très originale, comme l’a signifié l’intervenante. Le réalisateur cherche à nous perdre mais des petits repères nous permettent de suivre le film, comme les blessures (marqueurs chronologiques) ou bien les vêtements. C’est très handicapant au quotidien de ne se souvenir de rien et le chercheur nous a dit que c’était plutôt drôle car le personnage principal n’était plus conscient de ses actes.  De plus, ce personnage ne peut faire confiance à personne et les relations affectives ont besoin de souvenirs pour être concrète car sans sentiments respectifs on ne peut pas vivre.

Le personnage principal possède de nombreux tatouages qui lui permettent de se souvenir de certaines choses. Un de ces tatouages est particulièrement intéressant, c’est celui où il est question de Sammy Jankins. Celui-ci est une sorte d’exemple des inconvénients que nous avons lorsque nous ne possédons plus de mémoire immédiate, c’est une illustration de l’état dans lequel est Lenny. L’intervenante nous a raconté que l’on nous laisse comme possibilité que l’histoire de Sammy aurait était inventé par Lenny et que ce serait une reconstitution de sa propre vie, il ferait le deuil de sa femme par celle-ci. Justement dans l’histoire de Sammy, nous pouvons penser que sa femme cherche les émotions de son mari en se disant qu’il va se rendre compte qu’il lui fait du mal avec l’insuline, que celui injecte pour le diabète. Cette histoire est confuse, nous pensons que c’est l’histoire de Lenny.

L’intervenante nous donne son interprétation du film en nous disant que nous inventons des choses et nous les manipulons pour construire la vérité que l’on souhaite.

Lenny grave des faits sur sa peau et sur des papiers ce qui lui permet d’écrire sa propre vérité en choisissant ses souvenirs comme nous le constatons à la fin. Il fabrique ses souvenirs et selon l’intervenante, il veut continuer à chercher le soi-disant assassin de sa femme pour donner un sens à sa vie maintenant qu’il n’a plus rien. De plus, Lenny ne veut pas voir que sa vengeance est accomplie, il se ment et il utilise  son handicap pour continuer son projet de tuer l’assassin de sa femme, qui n’est autre que lui-même finalement. Le chercheur appelle cela la mémoire sur mesure.

Le lien avec la science

Ensuite, le chercheur nous a parlé d’un patient réel dans le même cas que Lenny et Sammy. Ce dernier était surnommé le patient HM, il avait une impossibilité de garder la mémoire à court terme. Le chercheur nous pose ensuite la question pourquoi on se souvient ? Il nous dit alors que pour se construire il faut se souvenir de qui nous sommes, nous nous souvenons pour savoir ce qui s’est passé et puis pouvoir agir en conséquence et la réponse la plus importante est que nous nous souvenons pour survivre. Cette dernière réponse est fondamentale dans le règne animal, comme nous avons pu l’entendre lors du débat, car cela nous permet d’exister.

Puis, nous avons parlé du personnage de Teddy qui, selon le chercheur et l’intervenante, se sert de Lenny, pour faire ce que lui ne veut pas effectuer, tout comme le personnage de Nathalie. Nous sommes alors à la place du personnage, nous ne connaissons pas le vrai visage de ce Teddy. Nous retrouvons quelque chose dans ce film qui est très fort, en effet, Lenny légende les photos qu’il prend des différentes personnes qu’il rencontre ? Or, lorsqu’on légende une photo, on lui donne un sens qui n’est peut-être pas celui de la photo. Nous ne pouvons pas savoir si ce que l’on a écrit est vrai, Lenny associe des commentaires aux personnages à l’instant T, il va alors choisir les personnes qu’il va croire. C’est aux moments où il associe des commentaires à des personnages que tout le film va se déterminer. Un seul souvenir peut avoir un impact sur tout le film et alors on se crée de faux souvenirs.

Le chercheur nous a parlé d’une chercheuse américaine qui a fait une expérience avec plusieurs personnes. Celle-ci a contacté différents sujets qui sont tous allés à Disneyland et elle leur a montré une brochure sur le personnage de Bugs Bunny, qui n’a rien à voir avec Disney. C’est alors que plus de quatre personnes sur dix ont dit qu’ils avaient rencontré Bugs Bunny dans le célèbre parc, ce qui est en soi impossible. On appelle cela un faux souvenir. Nous ne nous souvenons pas de la même façon des évènements et nous pouvons alors tout changer. Le chercheur nous a dit que nos souvenirs se créent par associations. Dans le film, nous pouvons voir Lenny avec sa femme et des tatouages, c’est impossible donc il est capable de réinventer un souvenir. Nous ne pouvons même pas savoir si l’actrice qui joue sa femme se trouve être celle-ci et c’est bien là le jeu du réalisateur, il nous laisse toujours deux choix. Tout est remis en question dans ce film, nous ne distinguons pas le vrai du faux, ce qui est très troublant.

Le point de vue de Lenny est exprimé lors des séquences en noir et blanc mais dans les séquences en couleurs, on vit le trouble de ce personnage. Le chercheur nous a dit que pousser à l’extrême, nous pouvons nous retrouver dans le même genre de situation que Lenny. Nous pouvons nous interroger sur les connaissances qu’on a des autres. Le message du film est que l’on n’a jamais de certitudes. On ne peut pas définir l’identité de Lenny et pourtant il existe. Le chercheur nous pose alors la question qui est : est-ce que l’on a besoin de travailler dans la continuité, d’être le même qu’hier ?

Le patient HM est réapparu dans le débat. Nous avons appris de nouvelles choses sur lui, il était très calme et il a vécu très longtemps après qu’on lui a retiré son hippocampe en 1957 suite à de nombreuses crises d’épilepsies insupportables pour ce patient. Il est mort en 2008. Certaines personnes se rappellent de souvenirs anciens comme le patient HM qui s’est souvenu de deux événements en particulier : la mort de ses parents et l’assassinat du président Kennedy. De plus, il a d’autres souvenirs très flous avant 1942, il se souvient de l’entrée en guerre des Etats-Unis mais il ne sait pas qui a gagné. C’est donc toute une zone de sa vie qui s’efface comme nous l’a fait remarquer le chercheur. Lenny aussi a des souvenirs flous de sa femme.

Tout le monde connait la maladie de Lenny, en effet, il ne la cache pas puisque c’est ses derniers souvenirs. Lenny a besoin de reconnaitre son écriture, il a besoin de ses notes. Il use de stratégie de survie, il utilise sa mémoire d’habitude en reproduisant toujours les mêmes gestes. Nous pouvons retrouver un conditionnement dans ses actes, il ressasse l’histoire de Sammy pour se conditionner. Il se sert aussi de sa mémoire implicite, nous voyons qu’il sait toujours conduire et qu’il reconnait sa voiture. Le chercheur nous a expliqué que cette mémoire de savoir faire ne sollicite pas l’hippocampe. Celui-ci nous explique ensuite que moins on dort et moins on se souvient, ce qui est clairement en lien avec notre projet.

Cette sortie au cinéma était très intéressante et nous a permis d’agrandir nos connaissances à propos de la mémoire. En effet, le chercheur nous a beaucoup renseigné sur ce domaine qui est très important car comme nous l’a expliqué l’intervenante : vivre c’est avant tout se souvenir. Un grand merci à eux pour le débat très instructif auquel nous avons participé.

Fanny P. (Responsable communication)

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